Interview Nico Toulouse

Nico Toulouse
Nico Toulouse- Autoportrait
copyright Nico Toulouse

Nicolas PAGÈS qui êtes-vous ?

Nico, dit Nico Toulouse au niveau du pseudo dans le domaine de la photographie. Toulousain de naissance (1971), pur et dur, je suis un toxico à la photographie que je pratique pour l’instant en tant qu’amateur depuis 15 ans.
Avec l’aide d’une dizaine de passionnés, j’ai lancé en 2007 l’association photo Poussière d’image.
Après en avoir été le Président, puis Trésorier et enfin Secrétaire, me voilà simple adhérent depuis la fin 2020. J’ai décidé de lâcher du lest au niveau de toutes ces responsabilités afin de me concentrer, aujourd’hui, sur mes projets photographiques et au Collectif 24/36, composé de 8 photographes: Carmen Legros, Laura Puech, Vanessa Madec, Sandra Grampfort, Frédérick Lejeune, Philipe Pérani, Daniel Boyé et moi-même.

Quand avez-vous commencé la photo et dans quelles circonstances ??

Quand je raconte comment j’ai commencé la photo, on me répond toujours “whouaa, c’est magnifique !”.

Comme quoi des ruptures sentimentales peuvent être un mal pour un bien, puisque c’est suite à une rupture sentimentale que je me suis mis à la photographie en juin 2006. Afin de me sauver des conséquences morales désastreuses et de sortir de cette déprime sentimentale, il fallait me vider la tête et me changer les idées en me forçant à pratiquer une activité m’étant totalement inconnue. Pour cela, un jour de juin, j’ai décidé de rentrer dans la première boutique qui se présenterait à moi, se trouvant sur une place commerciale d’une banlieue toulousaine… Ce fut une boutique spécialisée dans la vente de matériel photographique. J’en suis donc ressorti avec un appareil photo, un reflex numérique Canon 350D.
Cela aurait pu être une boutique de couture, j’en serais ressorti avec une machine à coudre!  Le hasard a fait que la Photographie devait être ma bouée de sauvetage.
Et cela a été le cas, encore plus que mes espérances ! Avant cela, je ne m’intéressais pas du tout à cet art visuel. La seule fois que j’avais utilisé un appareil photo, je devais avoir 10-11 ans et c’était le polaroïd de mon père, un jour de vacance à la plage.
Même le fait de regarder seulement des clichés ne m’attirait pas. Donc je suis parti totalement de 0 : 0 culture, 0 technique. Après avoir loupé toutes mes premières photos, avec beaucoup d’abnégation, j’ai fini petit à petit par réussir quelques clichés, du moins au niveau de leur netteté, et en mode manuel.
Totalement autodidacte et solitaire, j’ai vite compris qu’il fallait que je m’entoure de passionnés pour apprendre plus vite et partager des moments conviviaux. Grâce à Poussière d’image, j’ai pu rencontrer des amoureux de la photo vraiment passionnants et enrichissants. Très vite, la Photographie est devenue pour moi une passion dévorante, je dirais même une drogue. Aujourd’hui, ma vie ne tourne qu’autour de la Photographie et je l’assume complètement. Pour rien au monde, je voudrais que cela ne change. Je vis Photo, je pense Photo. Non stop, 24/h24. 

Avez-vous un domaine photographique de prédilection  ?

Ma photographie de prédilection est celle qui sort de l’ordinaire, des sentiers battus, tout en essayant de véhiculer un message ou de témoigner d’un fait sociétal ou d’œuvrer pour une cause ou de dénoncer une injustice.
Dans mon style souvent décalé, parfois engagé, j’essaie de sortir des clichés qui peuvent questionner au-delà de la photographie et/ou déranger les consciences.
Je tiens à préciser que la nudité tient une place importante dans ma démarche photographique. Dans le but de servir mes intentions et particulièrement celles qui dénoncent un fléau sociétal, j’utilise la nudité pour désociabiliser ou déshumaniser l’humain, souvent dans des positions improbables ou morbides afin de le rendre victime, lui le seul responsable, du fléau en question.
On va dire que j’ai un faible pour la photographie humaniste : l’humain et ses joies, l’humain et ses démons, l’humain et sa nudité, l’humain et ses émotions, l’humain et ses dérives, l’humain et son histoire, l’humain et sa vie.
Par la photographie, je m’exprime, sans état d’âme, sans concession, sans « langue de bois » ou plutôt sans « œil de bois », tout simplement.

Avez-vous un(e) photographe préféré(e) ?

J’en ai plusieurs, mais si je devais n’en citer qu’un seul cela serait Jan Saudek,
photographe tchèque, aujourd’hui âgé de 86 ans. Son œuvre est plutôt controversée, totalement politiquement incorrecte. Elle dérange. Il dérange. J’adore.

Quel est votre coup de cœur pour ce marathon ?

Mon coup de cœur est la photographie de Stephan ROUSSEL, la chaussure qui flotte dans l’eau ( 1ère du thème 2 ). Elle prend totalement à contrepied la grande majorité des clichés reçus du thème “Au fil de l’eau”.
Outre le fait d’être techniquement réussie, même si cela, est toujours un critère non significatif dans mon analyse photographique, elle est esthétiquement belle. Et paradoxalement, son sens n’est pas positif, il est négatif, puisque cette photo, par son sujet, par sa composition, dérange et pose question.
Le sujet représente une scène polluante que nous n’aimerions plus voir dans notre quotidien, et l’auteur de la photo, le participant, a osé nous la montrer. Ce cliché appelle à la réflexion qui va vraiment au-delà de l’image : une réflexion sur le fléau de la pollution et/ou une réflexion sur l’identité et la catégorie sociale de son propriétaire et/ou une réflexion sur le reste du corps (est-ce la chaussure d’une personne noyée, où est le corps ?), etc. Les questions peuvent être nombreuses et les réponses multiples. Cette photo fait parler car elle touche nos consciences et c’est bien cela, à mon sens, le plus important. 

Comment auriez-vous traité les 2 thèmes ?

Personnellement, j’aurais traité les deux thèmes en restant dans mon style décalé, voire dérangeant.
Pour cela, je serais forcément sorti de la prise de vue dite classique, à la recherche de l’émotion simple/belle, quitte à prendre le risque de déplaire au jury. L’essentiel est justement d’essayer de ne pas faire la photo en pensant quelle plaira au jury, mais plutôt celle qui accrochera leur regard et leur apportera une certaine réflexion qui va au-delà de la photographie.

Interview Maud Wallet

Maud Wallet
Maud Wallett – Autoportrait
copyright Maud Wallet

 Maud WALLET, qui êtes-vous ? Quand avez-vous commencé la photo et dans quelles circonstances ?

Jeune photographe malgré mon âge puisque j’ai commencé il y a tout juste 5 ans, intensément. J’ai eu envie d’apprendre en faisant le marathon photo (si si c’est vrai!). A la rentrée suivante je me suis inscrite à Poussière d’Image puis aux ateliers St Cyprien que je fréquente assidument. Formée par les échanges, les workshops,les projets avec des compagnies de théâtre, de danse, je me nourris des rencontres passionnantes que je fais.

Avez-vous un domaine photographique de prédilection  ? ?

Je pratique aussi bien le numérique que l’argentique. J’aime expérimenter, tester de vieux papiers comme pour l’exposition “π”   que je présente pour le festival MAP cette année. Je travaille souvent sur l’intime mais j’aime aussi me servir de la photo comme un prétexte pour aller à la rencontre d’autres, pour sortir de ma zone de confort.

Avez-vous un(e) photographe préféré(e) ? ?

Je peux être touchée par différents types de photographies (documentaire, intime, conceptuel) l’important est qu’elles me provoquent une émotion, même un malaise… tout sauf rester indifférente devant une image. J’aime beaucoup voir les tirages mis en scène mais aussi découvrir des éditions récentes ou anciennes. Le livre photographique est un vrai objet de création, comme l’est aussi le film photographique (ou POM : petit objet multimédia). J’ai été très heureuse de découvrir comment les auteurs s’en sont saisis lorsque j’ai participé au 1er jury MAP du film photographique. Le travail récompensé (Ethanol de Nicolas Serve) en est un bel exemple.

Quel est votre coup de coeur pour ce marathon ?

J’ai eu 2 coups de coeurs pour ce marathon : la photo de Mehdi SAADALLAH, le poisson en NB et la photo de Kathy SIÉ , immeuble détruit, qui m’a touché parce qu’elle évoque bien la violence des destructions du quartier et les traces de vie des anciens habitants.
Mais d’autres m’ont touché et nous étions unanimes sur les photos récompensées.

Comment auriez-vous traité le thème de ce E-Marathon ?

L’exercice du Marathon n’est jamais facile. il faut apprivoiser le sujet souvent large et éviter les 1ere idées qui nous viennent spontanément car ce sont souvent les plus littérales.
Je travaille le plus souvent en noir et blanc. Je pense que pour ” vie de quartier” j’aurais pu chercher des traces de vie dans l’espace urbain.
Pour le second thème,” au fil de l’eau” je ne suis pas certaine que j’aurais su le traiter avec créativité. J’étais ravie de participer au marathon en jury cette année après l’avoir fait en tant que participante 4 années de suite.

Merci à toute l’équipe pour cette belle organisation!

Interview Marie Benquet

Marie Benquet
Marie Benquet – Autoportrait
copyright Marie Benquet

 Marie Benquet, qui êtes-vous ? 

Je suis Marie, photographe professionnelle sur Toulouse et dans toute la France.
Spécialisée dans
le portrait et la mise en valeur des savoir-faire, je suis « nature lover », et j’adore voyager. Mes photos professionnelles et personnelles oscillent entre carnets de voyage, reportages sur le terrain de gens passionnés par leurs travails et moments de vie : mariage, naissance…. J’accorde une importance particulière à l’instant présent et aux moments dits « secondaires » : je réalise des portraits là où les personnes se sentent bien, alignées, seules chez elles ou encore avec leurs animaux de compagnie, pour mettre en valeur la douceur et l’importance du « temps pour soi »..

Quand avez-vous commencé la photo et dans quelles circonstances ?

La photographie, chez moi, c’est un peu une histoire de partage.
J’ai commencé la photo au collège, avec l’appareil argentique de mon père, un OM10. Il en avait lui-même hérité au retour d’un couple d’amis d’un reportage en Afrique, dans les années 80. C’est également lui qui m’a amenée voir ma première expo photo, sur l’agence Sipa Press, et qui m’a parlé de tous les grands reporters photos, des photos du siège de Sarajevo…. Résultat : au lycée, je voulais être photographe reporter de guerre.
J’ai commencé à développer des pellicules, j’ai fait des études de cinéma pour apprendre à réaliser des documentaires… puis j’ai changé de voie, et j’ai étudié la sociologie et les sciences politiques.La vie passant, j’ai arrêté la photographie pendant presque 5 ans. Avant d’y revenir il y a un peu plus d’un an ! Je suis devenue photographe professionnelle près de 15 ans après ma 1ère photo.
Et des OM10, maintenant, j’en ai trois !

Avez-vous un domaine photographique de prédilection ?

J’ai débuté par de la street photo, en noir et blanc très contrasté, mais je m’en suis vite lassée.
Quand j’ai commencé à demander à des amis : « tu veux poser, qu’on se prenne un moment pour que je te photographie ? », cela a été une révélation. J’ai toujours voulu faire des portraits, mettre l’humain au centre de mon travail, mais je n’osais pas.
Je fais donc de la photographie dite « lifestyle ».
Le terme est un peu galvaudé, alors je vous partage ma définition personnelle. Il s’agit d’une photographie à mi-chemin entre reportage et artistique. L’intérêt est de photographier des personnes sur le vif, sans qu’elles posent de façon formelle, pour capture des « vrais moments de vie ».
Néanmoins, il y a une partie artistique assez présente : je post-traite obligatoirement mes photos, surtout en terme de colorimétrie, je choisis des lieux spécifiques, je crée des ambiances… 
Je dirai que je mets en place un ensemble d’éléments qui encadrent la séance, qui permettent à mes clients de se laisser aller, de se sentir à l’aise et de développer leurs créativités.

Avez-vous un(e) photographe préféré(e) ?

Ma passion pour la photographie étant très liée à celle pour le cinéma, j’ai du mal à distinguer les deux.
Classiquement, j’aime beaucoup Raymond Depardon, mais peut-être plus pour son rapport aux sujets photographiés que pour les images elles-mêmes.
Je trouve mon inspiration plutôt dans les films. Je suis très admirative du travail de Roger Deakins à la photographie. Il travaille sur presque tous les films des frères Coen, et sur le Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve. Visuellement, c’est toujours très propre, très léché, avec un travail des couleurs complémentaires soigné.
J’aime aussi énormément l’esthétique des films d’Akira Kurosawa, avec une préférence pour Dodes’Kaden. Cela parait élitiste dit comme ça, mais c’est vraiment bien, promis ! C’est un réalisateur dont on connait surtout les films en noir et blanc, mais celui-ci est en couleur. Et quelles couleurs ! Une image m’a particulièrement marquée. Le personnage principal, un enfant pas comme les autres, est passionné par les trains, et les dessine à longueur de journée. A un moment, la caméra est à l’intérieur de sa maison et filme les dessins collés sur les vitres et traversés par un rayon de soleil. J’ai été scotché sur mon fauteuil.  

Quel est votre coup de coeur de ce marathon ?

J’ai eu plusieurs coups de cœur, surtout pour les photographes qui ont pris les thèmes à contrepied.
Certaines photos ont provoqué des émotions, que ce soit du rire ou de l’angoisse.
J’ai beaucoup aimé le petit personnage sur le bouchon de liège dans le caniveau, l’orange coupée de « vie de quartier », les machines à laver de « au fil de l’eau »…
Bravo pour l’inventivité !
La photo qui m’a le plus touchée est celle de la chaussure qui pointe sous l’eau. Elle m’a donnée une impression très angoissante, un peu glauque ; bref, elle a provoqué une forte émotion ! 

Comment auriez-vous traité le thème de ce E-Marathon ?

Pour le thème « vie de quartier », je pense que j’aurais fait comme la plupart, je me serais promenée en ville pour faire de la street photo. En essayant de capter des gestes particuliers, un peu forts, des échanges.
Pour le thème « au fil de l’eau », je reconnais avoir eu du mal à trouver quelque chose d’original dès la publication de la thématique. Je pense que je serais allée dans une de mes rues préférées de Toulouse, l’avenue de la Garonnette, traversée par un cours d’eau aménagé et des ponts, en bord de Garonne.

D’ailleurs, quelqu’un l’a photographiée, je l’ai tout de suite reconnue ! 

Le jury 2021 du marathon MAP/Poussiere d’image

Cette année, notre jury était composé des 3 personnalités suivantes:

Marie Benquet

Marie Benquet


Photographe professionnelle
Retrouvez l’interview de Marie et son coup de coeur

PHOTO copyright Marie Benquet 

Maud Wallet

Photographe autrice, exposant au festival MAP 2021
Maud Wallet au festival MAP 2021

Retrouvez l’interview de Maud et son coup de coeur

PHOTO copyright Maud Wallet

Nicolas Pages


Fondateur de l’association “Poussiere d’image“,
Membre du collectif 24/36
Retrouvez l’interview de Nico et son coup de coeur

PHOTO copyright Dan Buster’s